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S’appuyer sur les données Google Maps pour améliorer l’accès aux soins obstétricaux : l’exemple de Lagos


Chaque année, dans le monde, 295 000 femmes meurent de causes évitables liées à la grossesse et à l’accouchement. Le Nigéria est particulièrement concerné, puisqu’on y dénombre 23 % de ces décès. Chacun d’entre eux est une tragédie inutile, et leur prévention devrait être une priorité mondiale.

Comment y parvenir ? Des recherches ont montré qu’un accès rapide à neuf services essentiels en matière de maternité, regroupés sous l’expression de « soins obstétriques d’urgence », peut réduire de 15 à 50 % le nombre de décès de femmes enceintes et de 45 à 75 % celui de leurs enfants à naître.

Le risque de décès encouru par les femmes enceintes est d’autant plus grand lorsqu’elles sont concernées par l’un de ces trois retards d’accès au soin : le retard dans la prise de décision de se faire soigner, le retard dans le déplacement vers les établissements de santé appropriés ou le retard dans la prise en charge une fois sur place.

Au Nigeria, le retard le plus meurtrier est celui qui concerne les déplacements vers les structures de soins. En effet, nombreuses sont les femmes enceintes qui doivent se rendre par leurs propres moyens dans les établissements de santé, éventuellement avec l’aide de leur proche, mais sans assistance professionnelle. Ce voyage est une véritable « boîte noire » : les problèmes qui surviennent durant ce périple, les origines des pertes de temps qui peuvent avoir des conséquences funestes notamment, ne peuvent être analysés que lorsqu’il est déjà trop tard.

Et s’il était possible de mieux comprendre ces retards, grâce aux données du logiciel de cartographie Google Maps, l’application de navigation la plus utilisée au monde ?

La promesse « Google Maps »

Dans récente étude, mes collègues et moi-même avons utilisé les données de Google Maps afin d’évaluer les temps de trajet nécessaires pour que des femmes enceintes en situation d’urgence puissent accéder aux soins dont elles avaient besoin en se rendant un CEmOC (comprehensive emergency obstetric care – service de soins obstétricaux d’urgence). Nous avons ensuite utilisé ces estimations pour cartographier la couverture des services de maternité essentiels dans l’État le plus urbanisé du Nigeria et la plus grande ville d’Afrique subsaharienne – Lagos.

Une vue satellite de Lagos sur Google Maps
Les données de Google Maps peuvent nous aider à mieux comprendre les trajets des femmes enceintes vers l’hôpital pour des soins d’urgence.
Google Maps

Nos résultats ont montré que, pour les femmes qui se sont rendues directement au CEmOC, la durée du trajet allait de 2 à 240 minutes. Pour celles qui s’y rendaient après être passées par un centre de soin qui les adressait ensuite au CEmOC, la durée du trajet allait de 7 à 320 minutes. La durée totale du trajet était inférieure à 60 minutes pour 80 % des femmes enceintes. L’horaire de la journée et le fait d’avoir été adressées par un centre de soins intermédiaire étaient tous deux associés à un déplacement de plus de 60 minutes.

Nous avons identifié trois zones problématiques (« hotspots ») à partir desquels les femmes enceintes ont voyagé plus de 60 minutes vers les hôpitaux publics de Lagos : Alimosho/Ifako-Ijaiye, Eti-Osa et Ijanikin/Morogbo. Dans les cas où le passage par un centre de soin était nécessaire, nous avons identifié un quatrième hotspot dans le nord d’Ikorodu ; les femmes enceintes provenant de cet endroit mettaient plus de 60 minutes pour arriver à un hôpital pouvant leur fournir les soins dont elles ont besoin.

Éliminer les hotspots

Nos résultats révèlent les points chauds sur lesquels doit se focaliser l’intervention du gouvernement en vue de réduire les délais d’accès aux soins pour les femmes enceintes. Il semblerait que le gouvernement de l’État de Lagos ait déjà décidé de s’attaquer à l’un de ces points névralgiques, via la construction du centre de soins maternels et infantiles d’Eti-Osa. Une action similaire est nécessaire pour régler le problème le hotspot d’Ijanikin/Morogbo : pour l’instant, il n’existe aucun hôpital public à moins de 30 km de cette zone, à l’est comme à l’ouest.

Une femme nourrit au biberon un nouveau-né
Éviter les retards d’accès aux centres de soins est essentiel.
Oni Abimbola/Shutterstock

En ce qui concerne Alimosho/Ifako-Ijaiye et le nord d’Ikorodu, la situation est différente, puisqu’il existe déjà des hôpitaux publics dans ces zones. Le défi semble davantage lié à leur relative inaccessibilité. Dans ces zones, minimiser le temps de trajet repose plutôt sur l’expansion et la réparation des routes et ainsi que l’amélioration de l’adressage par les centres de soins.

Nos travaux, comme de précédentes recherches, indiquent qu’à Lagos, les femmes enceintes sont confrontées à des difficultés importantes lorsqu’il s’agit accéder aux soins obstétricaux d’urgence, y compris dans des zones censées bénéficier d’un « avantage urbain » : embouteillages, des routes en mauvais état, problèmes d’adressage… Les obstacles auxquels doivent faire face les femmes enceintes sont multiples. Or en situation d’urgence, tout retard peut être une question de vie ou de mort. Si nous voulons progresser dans la réduction de la mortalité maternelle, des actions ciblées répondant à des défis locaux spécifiques, comme celles recommandées dans notre étude, s’avéreront particulièrement utiles.


Créé en 2007 pour accélérer les connaissances scientifiques et leur partage, le Axa Research Fund a apporté son soutien à environ 650 projets dans le monde menés par des chercheurs de 55 pays. Pour en savoir plus, visitez le site Axa Research Fund ou suivez sur Twitter @AXAResearchFund.)



Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons.

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