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Mortalité accrue avec la chloroquine 

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L’autorisation de délivrance dans le Covid-19, déjà dérogatoire, va vraisemblablement être révisée.

Déception pour ceux qui attendaient un bénéfice des protocoles à base de chloroquine ou d’hydroxychloroquine (un dérivé moins toxique), au stade précoce de Covid suffisamment inquiétant pour nécessiter une hospitalisation. Une étude publiée le 22  mai dans la revue scientifique internationale The Lancet montre un excès de mortalité parmi 15.000  malades ayant reçu, dans les 48 heures suivant le diagnostic, de la chloroquine ou de l’hydroxychloroquine, associées ou non à un macrolide (famille d’antibiotique à laquelle appartient l’azithromycine, proposée dans le protocole de l’IHU Méditerranée infection).

Les auteurs, menés par le Pr Mandeep Mehra, de Harvard, restent prudents, car de nombreux protocoles d’études prospectives randomisées, donc de qualité supérieure à cette étude observationnelle, sont encore en cours. «Nous avons été incapables de confirmer un bénéfice de l’hydroxychloroquine ou de la chloroquine, utilisés seuls ou en dissociation avec un macrolide, sur le pronostic des malades de Covid-19 hospitalisés», écrivent-ils. «Chacun de ces protocoles, quand il a été utilisé pour le traitement du Covid-19, a été associé à une diminution de la survie à l’hôpital et une augmentation de la survenue des arythmies ventriculaires» (trouble du rythme cardiaque grave, parfois mortel, NDLR). La cardiotoxicité de ces médicaments n’est pas une découverte: très tôt, des cardiologues et pharmacologues avaient alerté sur ces effets indésirables ; en France, les réseaux de pharmacovigilance avaient, entre fin mars et fin avril, recueilli plus de 100 signalements d’incidents cardiovasculaires graves dont quatre décès soudains et inexpliqués et cinq arrêts cardiaques ayant pu être «récupérés».

Pour aboutir à cette conclusion, le Pr Mehra et ses collègues ont extrait les données informatiques de 96 032 patients hospitalisés pour Covid confirmé par test PCR, entre le 20 décembre 2019 et le 14 avril 2020, dans 671 hôpitaux à travers le monde. Ils n’ont gardé que les patients qui avaient commencé de tels traitements dans les 48 heures suivant le diagnostic. Parmi ceux-là, 14 888 recevaient de la chloroquine (1868) ou de l’hydroxychloroquine (3016), éventuellement associée à un macrolide (avec la chloroquine pour 3783 patients, ou avec l’hydroxychloroquine pour 6221).

Ajustements statistiques

Après ajustements statistiques pour s’assurer que les groupes étaient raisonnablement comparables au groupe contrôle, il s’avère que tous ces régimes thérapeutiques augmentent la mortalité des malades hospitalisés: chloroquine (x3,5), hydroxychloroquine (x2,3), choloroquine et macrolide (x4), hydroxychloroquine et macrolide (x5). Évidemment, les auteurs restent prudents et renvoient aux études randomisées de bonne qualité qui sont en cours pour conclure plus fermement, de même qu’ils ne se prononcent pas sur ce qui se passe en dehors de l’hôpital. Ils concluent néanmoins: «Notre analyse, à large échelle internationale en vie réelle, soutient l’absence de bénéfice clinique de la chloroquine et de l’hydroxychloroquine et pointe vers des effets délétères potentiels pour des patients hospitalisés avec Covid-19.»

Le ministre de la santé, Olivier Véran, régissait aussitôt par un tweet. «Suite à la publication dans The Lancet d’une étude alertant sur l’inefficacité et les risques de certains traitements du Covid-19 dont l’hydroxychloroquine, j’ai saisi le HCSP (Haut Conseil de la santé publique, NDLR) pour qu’il l’analyse et me propose sous 48 heures une révision des règles dérogatoires de prescription», écrivait-il.

Car si l’étude ne répond toujours pas à la question de l’intérêt d’un traitement ultraprécoce, dès l’apparition des symptômes, elle pourrait marquer un coup d’arrêt à leur usage chez des malades hospitalisés pour Covid. La dernière fois qu’il avait sollicité le HCSP, le ministre de la Santé n’avait, dans un premier temps, que partiellement suivi son avis. Le HCSP recommandait en effet le 23 mars de «réserver le traitement par hydroxychloroquine aux formes sévères de Covid-19, pour des patients hospitalisés et de conditionner la mise en place de ce traitement à une décision collégiale». Pourtant, Olivier Véran, par un décret signé deux jours plus tard, n’imposait ni critère de gravité, ni décision collégiale! «Par dérogation à l’article L. 5121-8 du code de la santé publique, l’hydroxychloroquine et l’association lopinavir/ritonavir (des antiviraux, NDLR) peuvent être prescrits, dispensés et administrés sous la responsabilité d’un médecin aux patients atteints par le Covid-19, dans les établissements de santé qui les prennent en charge, ainsi que, pour la poursuite de leur traitement si leur état le permet et sur autorisation du prescripteur initial, à domicile», pouvait-on lire dans le décret du 25 mars. Le ministère était toutefois revenu 24 heures plus tard aux restrictions préconisées par le HCSP: «Le premier alinéa est complété par la phrase suivante: “Ces prescriptions interviennent, après décision collégiale, dans le respect des recommandations du Haut Conseil de la santé publique et, en particulier, de l’indication pour les patients atteints de pneumonie oxygéno-requérante ou d’une défaillance d’organe.”»

Que peut désormais ajouter le HCSP? Deux options principales s’offrent à lui. La première serait de s’en tenir aux conditions actuelles, déjà suffisamment strictes, considérant que l’alerte donnée par cette nouvelle étude, quoique non définitive, sera prise en compte par les médecins. La seconde serait de n’autoriser l’usage de ces molécules que dans le cadre d’un essai clinique dûment autorisé. Parions que, cette fois, le ministre de la Santé suivra sans hésiter l’avis du Haut Conseil.

Cet article est republié à partir de Source Link.

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