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Comment l’application Yuka donne le pouvoir aux consommateurs et bouscule industriels et distributeurs

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Yuka est à la fois le nom d’une start-up française et d’une application mobile 100 % indépendante, qui affiche gratuitement des informations sur la qualité des produits alimentaires et cosmétiques courants et propose des produits alternatifs si leur évaluation est médiocre. Avec plus de 12 millions d’adopteurs, Yuka connaît une véritable success story.

Conçu dans le cadre du Programme National Nutrition Santé, le NutriScore aide les consommateurs à mieux comprendre l’étiquetage nutritionnel.
Shekaka/Shutterstock

Yuka s’appuie sur le label NutriScore, système officiel d’affichage de la qualité des produits sous la forme d’une échelle à cinq niveaux : du plus sain au moins sain – de A (vert) à E (rouge) –, à laquelle elle ajoute la quantité d’additifs contenus dans le produit ou le fait qu’il soit issu de l’agriculture biologique ou non. En cas de mauvaise notation, Yuka présente des alternatives, c’est-à-dire des produits concurrents similaires avec une meilleure qualité.

Un éveil des consommateurs

Notre analyse approfondie de plus de 15 000 avis d’utilisateurs postés sur les réseaux sociaux (Facebook, App Store, Google Play Store) montre que les adopteurs pratiquent une utilisation active de Yuka.

Ils trouvent l’application pratique (« En un seul clic, vous pouvez choisir des produits sans additifs, sans matières grasses ou sans sucre selon votre état de santé »), voire ludique (« Yuka est très ludique et elle influence positivement les parents. Merci, Yuka »). Les utilisateurs perçoivent une montée en connaissances qui leur permet une meilleure maîtrise de leur alimentation et santé.

Ils expriment leur capacité à ainsi mieux contrôler leur vie (« J’ai la main sur ma vie »), leur santé (« la conscience de bien manger ») ; « une application qui m’aide beaucoup quand je fais mes courses pour n’acheter que des aliments sains » ; « Je la recommande à tout le monde ! ») et celle de leurs proches. Ils font part de l’impact de Yuka sur leur façon de consommer (« J’adore les barres glacées comme Mars… et qu’elle ne fût pas ma surprise en voyant qu’elles avaient au moins un additif nocif ou une substance douteuse…

Julie Chapon, cofondatrice de Yuka : « Il faut redonner du pouvoir au consommateur » (France 24, octobre 2019).

Désormais (snif) adieux mes barres, mes glaces mais j’envisage de me les faire moi-même. ») et des conséquences induites sur l’environnement et la société (« une aide indispensable pour une vie plus saine et donc une meilleure santé dans un environnement exempt de toute malbouffe industrielle chimique ultra nocive »).

Une pression exercée sur les industriels

Une analyse de la presse montre qu’au-delà des perceptions favorables, Yuka facilite le passage à l’acte des consommateurs (« Avec Yuka, j’ai le sentiment d’avoir un rôle à jouer et de moins subir le pouvoir des industriels », « App d’utilité publique et capable de plier certains industriels, Yuka est indispensable ! »).

D’une part, ils diminuent l’achat de certains produits et leur consommation : 83 % déclarent acheter moins de produits alimentaires en quantité mais plus en qualité depuis qu’ils ont commencé à utiliser l’application Yuka, 78 % déclarent acheter plus de produits biologiques, 84 % des utilisateurs déclarent acheter plus de produits non transformés.

Ils adoptent ainsi un comportement individuel de refus d’achat des produits mal évalués (« Information très utile, permet de connaître les faux et vrais amis »), qui agrégé à l’échelle collective, s’apparente à une action de boycott (mouvement visant à punir les entreprises pour leur comportement défavorable en arrêtant les achats) non-délibérée. D’autre part, ils optent pour des produits alternatifs, et souvent ceux proposés par Yuka (« Yuka indique non seulement des produits à éviter mais aussi des produits à choisir » ; « Me permet de changer mes habitudes d’achat »).

Ils adoptent ainsi un comportement individuel favorable d’achat envers certains produits bien évalués, qui agrégé à l’échelle collective, s’apparente à une action de buycott (mouvement visant à récompenser les entreprises qui ont un comportement responsable en les soutenant par des achats) non-délibérée. On assiste à un véritable renforcement du pouvoir du consommateur tant à l’échelle individuelle (prise de contrôle de sa vie, sa consommation et sa santé) que collective (pouvoir de pression sur les industriels par la chute des ventes de produits non respectueux de la santé et de l’environnement)

Comment réagissent industriels et distributeurs ?

Le phénomène est inédit : l’adoption rapide de Yuka par les consommateurs a entraîné une réaction à grande échelle de la part des industriels et des distributeurs en leur faveur (« Incroyable le poids qu’une si petite application peut avoir pour faire changer les choses alors que le gouvernement n’y arrive pas sous la pression des lobbyings »).

Modification de la composition de certain produit grâce à l’application Yuka.
Yuka/Étude d’impact certifié par KIMSO

L’étude d’impact fait par le cabinet d’experts KIMSO fait part de déclarations spontanées de la part de ces acteurs, tant de petite taille que des géants du secteur à l’instar de Nestlé, Intermarché ou Caudalie. D’une part, le succès de Yuka a un impact sur l’innovation produit, en particulier par la modification de la composition de produits en vue d’améliorer leur évaluation (Intermarché), par la création de nouveaux produits (Knorr) ou le développement des gammes de produits biologiques (Heudebert). D’autre part, les entreprises font référence à Yuka dans leur discours stratégique (Fleury Michon), font du score un indicateur clé de leur performance (Bjorg, Caudalie).

Ce cas montre le potentiel des technologies numériques à être vectrices du renforcement du pouvoir des consommateurs. Au-delà d’inspirer consommateurs, industriels et distributeurs, il pourrait inspirer divers autres acteurs comme d’autres start-up-ers à la recherche de nouvelles propositions de valeur, ou encore les activistes, Yuka engendrant « un activisme de facto », comme le qualifie Julie Chapon, l’une des fondatrices de Yuka, mode d’activisme plus doux que les boycotts et buycotts traditionnels mais néanmoins efficace.



Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons.

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